“THE POGUES IN PARIS”

Captation du concert des Pogues lors de leur 30ème anniversaire, tournée à l’Olympia, Paris. Sortie du DVD le 17 novembre 2012.

  • Réalisateur : GAUTIER&LEDUC
  • Production : Program 33
  • Label : Polydor
  • Image : Raphaël Bauche
  • Moyen technique image : LA TOUPIE & RVZ
  • Post-Production image : LA TOUPIE

Gauthier&Leduc choisissent de coller à l’humeur dégagée par The Pogues en tournant ce live en RED-EPIC, format 2,35.

RVZ et LA TOUPIE fournissent les 6 caméras.

Même poussée à 1200Asa, l’image était si “propre” que nous avons cailler un grain 35mm en Post-Production.

L’occasion aussi de tester le sublime MASTERZOOM ARRI 16,5-110.

Monté sur le Junior de Microfilms.

Voici un petit florilège des superbes flares du MASTERZOOM ARRI  16,5-110.

 

Les hommes de Shane Mc Gowan ont rempli l’Olympia les 11 et 12 septembre. Encore une bonne raison de croire que Dieu est irlandais.

De retour après 20 ans d’abstinence, pardon, d’absence des scène françaises , les Pogues avec Shane MacGowan viennent de donner mardi et mercredi deux concerts d’anthologie dans la salle des Capucines, décidément le haut lieu des concerts mémorables après le dernier passage démentiel de Patti Smith et le scandale Madonna.

Comme le faisait remarquer un spectateur humoriste, “Shane MacGowan s’est présenté sur la scène de l’Olympia habillé d’un Gin Tonic”. C’est en partie vrai puisque celui-ci trônait sur un petit guéridon posé entre deux amplis de retour et un gros ventilateur placé en face du chanteur édenté.  Mais il est arrivé en costume noir, chemise blanche et cravate, le haut du corps penché en avant et de travers, traversant la scène avec la démarche d’un vieux berger ayant gravi trop de montagnes pierreuses. Ses montagnes à lui étant des fûts de bière, de blanc, de gin et autres substances non alcoolisées mais toutes aussi galvanisantes. Shane s’est épaissi de la taille et du visage, l’ovale des années 80 ayant laissé la place à des traits carré, les yeux masqués par d’épaisses lunettes noires oblitérant un regard habité par la malice et la fraicheur enfantines du bonhomme.

Pendant près de deux heures, les huit membres du groupe ont tout donné deux soirs de suite avec un brio et une ferveur inattendus pour des gens de cet âge (ils ont tous entre 55 et 60 ans). Les deux concerts coproduits par Polydor France servaient de captation pour un double CD/DVD commémorant le 30e anniversaire du groupe à paraître en novembre. Le groupe avait donc une double pression (de Guinness) sur les épaules : ne pas rater leur  grand et attendu retour parisien après une absence de deux décennies et ne pas foirer  la performance couteuse de ces dates, garantes de leur avenir scénique sur d’autres scène hexagonales.

Une consommation d’alcool défiant les lois de la médecine

La première date, complète en quelques jours, avait été augmentée d’une seconde et il suffisait de se promener au milieu de la salle pour comprendre qu’une majorité du public était venue voir le phénomène/légende  MacGowan et vérifier s’il était toujours aussi “destroy” qu’annoncé. Personne ne fût déçu puisque Shane, bien qu’ayant abandonné l’héro, reste accroché à  une consommation d’alcool défiant les lois de la médecine.

Sa démarche hésitante témoigne d’un squelette passablement abimé et à  chaque gorgée avalée succède une cigarette cramée en deux minutes par des triple bouffées. Et pourtant sa voix reste juste et assurée, sans tricher , usant sur deux chansons uniquement d’un prompteur/ordinateur.

De son côté, l’élégant guitariste Philippe Chevron (dont le nouvel album avec les Radiators From Space mérite d’être écouté d’urgence) a vaincu la loi d’un fumier de cancer de la gorge et drive l’ensemble sans une faute. MacGowan  reprend son souffle grâce aux respirations offertes de temps en temps, entre autre, par Spider Stacy qui chante le tubesque et clashien Tuesday morning (extrait de l’album Waiting for Herb et plus gros succès international du groupe) et donne une couleur power pop bienvenue après une demi-heure de show pendant lequel le groupe égrène avec précision, énergie et ferveur tous ses immenses classiques.

Bouffée d’émotion sur “Fairytale of New York”

Le premier soir, la réaction de la salle tient de l’apoplexie quand le groupe entame le standard d’Ewan Mc Coll Dirty Old Town et la tension ne faiblira pas jusqu’à la dernière note de larsen de Fiesta, que Spider clôt en fracassant la guitare. Avant cela le groupe aura donné une sublime version de Sunny Side of the Street dopée par l’addition de la section de cuivres (3), des cavalcades celto-punk irrésistibles avec A Pair of Brown Eyes, Irish Rover ou encore la frétillante Sally Mac Lennane. C’est Ella, la fille de Jem Finer (banjo) qui prend le rôle de Kirsty Mac Coll pour le toujours émouvant Fairytale of New York achevé dans les dernières mesures par une valse chaotique entre elle et Shane recouverts de flocons hivernaux et là, il faut vraiment avoir un cœur de pierre pour ne pas céder à une bouffée d’émotion.

Une mention spéciale sera attribuée à James Fearnley pour sa performance physique insensée : il parcourt la scène de long en large, se jette au sol sur les genoux comme un Hendrix/Iggy possédé avec cet énorme accordéon dont on ne veut même pas connaitre le poids.

Mieux qu’un retour en grâce ou une heureuse résurrection, les Pogues viennent de nous offrir le meilleur d’eux-mêmes avec la joie des innocents et l’expertise de mercenaires rompus à tous les combats. D’après le personnel de la salle, 20 000 bières auront été écoulées chaque soir avec rupture de stock avant la fin des hostilités. Une petite idée de la température ? Ce n’est pas tous les jours que l’on est témoin de telle célébration. C’est toute la chimie unique du sang irlandais sans doute.

par Hervé Deplasse

Article Paru dans LES INROCKS Novembre 2012